Chapitre 37

Caché derrière un monticule rocheux, Eidolon n’en menait pas large.

– Mais d’où ils viennent, tous ces soldats ?

En quelques minutes, la campagne parfaitement calme s’était transformée en un champ grouillant de gardes royaux. Et cela ne faisait pas du tout son affaire. Pour peu que l’un d’eux trouve l’avion, cherche son propriétaire et lui mette la main dessus… comment trouver une explication valable ? Et si quelqu’un reconnaissait le fils d’Akel Sool, le plus grand ennemi de la couronne ?

Mais le pire, c’était la Griffe. Elle lui brisait le bras. La douleur ne le quittait pas et il savait pourquoi. Il le sentait, au plus profond de lui-même : l’autre porteuse s’éloignait. Le radar confirmait son intuition. En effet, la Griffe d’Aïtia filait droit au nord en direction de Moïra, la capitale – qui était sûrement sa destination.

Naria, collée contre lui, n’était pas très fière non plus.

– Comment est-ce qu’on va faire pour partir ? demanda-t-elle à voix basse.

– On attend. Ils vont bien finir par se lasser, non ?

Pour une fois que je ne cherchais pas les ennuis, songea-t-il. Je voulais juste qu’on me laisse tranquille et filer en douce !

– Il faut qu’on retrouve Chaos, dit Naria. Ces brutes pourraient lui faire n’importe quoi !

– Je crois que ce serait plutôt à eux de se méfier. Maintenant, tais-toi ou ils vont nous repérer.

Vexée, la jeune fille se roula en boule de l’autre côté du rocher. Cependant, moins de deux secondes plus tard, Eidolon l’entendit s’exclamer :

– Oh, mais regarde !

Il se tourna… et vit Chaos qui se jetait derrière le rocher. Naria le serra dans ses bras avec un cri de joie, ce qui lui valut un grondement à guise de réponse.

– Où étais-tu passé ? lui demanda-t-elle. La prochaine fois, préviens-nous quand tu pars comme ça !

– Il aurait pu rester là-bas, grommela Eidolon.

Un bruit de pas précipités retentit, suivi de celui d’un dérapage. Un poids tomba soudain sur les épaules d’Eidolon. Rien à voir avec les soucis que lui donnait Chaos : c’était en fait un garçon couvert de boue qui s’était affalé de tout son long. Le nouveau venu poussa une exclamation angoissée, se releva et voulut s’emparer de son couteau, mais Eidolon le désarma sans peine et lui bloqua les bras. Ce gamin ne savait pas se battre.

– Qui es-tu ? gronda le jeune homme.

– Pardon, je suis désolé… je… je m’appelle Tanim. Je ne voulais pas vous attaquer, je courais et j’ai trébuché sur les rochers. Je ne vous avais même pas vus, pitié !

Pris de pitié, Eidolon envisageait de le relâcher, quand Naria intervint :

– Attends ! Demande-lui ce qui se passe ici. On saura à quoi s’en tenir, comme ça.

– Tu as entendu la demoiselle, petit ? fit Eidolon. Explique-nous, sinon…

Le « petit », qui n’avait probablement qu’un ou deux ans de moins que lui, se tassa malgré tout sur lui-même et bredouilla :

– Je ne sais rien, je vous jure ! Écoutez, laissez-moi partir, il y a un fille complètement barge qui veut me tuer. J’ai aperçu votre ami aux cheveux blancs et j’ai cru que c’était un gars du clan qui allait lui dire où j’étais ! C’est pour ça que je l’ai suivi, je voulais l’arrêter. Mais si vous n’êtes pas avec elle…

– Donne-nous des informations sinon je te livre à elle !

– D’accord, d’accord ! Les Revendeurs. Les brigands, vous savez ? Ils ont capturé le prince héritier, mais le papa a eu vent de l’affaire et il a envoyé des troupes. Pitié, laissez-moi retourner auprès des Revendeurs ! J’ai tout trahi pour eux, même le clan ! Tout était bien réglé, on sécurisait la base puis on lançait les machines vers Moïra et on enfonçait les portes. Si seulement…

– Prendre la capitale d’assaut ? s’exclama Eidolon.

Tanim se tut soudain, conscient d’avoir parlé à tort et à travers. Le jeune homme sentit une idée naître en lui. Comme lorsqu’il préparait un mauvais tour aux domestiques de la forteresse, et que tout d’un coup un plan lui apparaissait clairement. Il n’avait pas encore vu tous les détails, mais…

– La capitale, répéta-t-il pensivement. Et si tu nous conduisais aux Revendeurs, Tanim ?

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