Porte close

porte-close1Vous ne devriez pas être ici.

En vérité, vous le savez. Il est tard, pas trop tard, mais assez pour que vous ayez conscience d’avoir commis une erreur en vous attardant dans cette pièce. Vous songez vaguement à abandonner votre ordinateur et à aller dormir, mais vous êtes trop fatigué pour avoir le courage de bouger.

Soudain vous vous surprenez à avoir envie de compagnie. C’est pourtant rare, car en général à cette heure-ci vous aimez qu’on vous laisse tranquille. Cela tient sans doute à l’atmosphère sombre et confinée de cette pièce. À part votre écran, il n’y a aucune lumière et tout apparaît dans une grisaille délavée. Le moindre objet semble grimacer dans la pénombre. Mais tout cela, ce n’est que votre imagination et vous le savez aussi.

Alors d’où viennent ces bruits ? Ces craquements, ces grincements, ces murmures ? Ce doit être dans une pièce voisine, songez-vous. Peut-être s’agit-il d’un vieux frigo qui ronfle, ou d’une télé que quelqu’un a oublié d’éteindre. Vous faites de votre mieux pour les ignorer et, forcément, le plus petit son vous semble soudain assourdissant. Pour contrer l’angoisse, vous vous concentrez davantage sur votre ordinateur.

Mais, malgré votre bonne volonté, le doute s’immisce en vous. Avez-vous bien fermé la porte avant de vous asseoir ? Vous vous souvenez bien d’avoir eu la clé dans la main, mais ensuite ? Vous devriez vous lever et vérifier, mais ce serait admettre qu’il y a un problème. Or, il n’y a pas de problème. Aucun, vraiment. Pourtant, ces craquements ne sont pas très rassurants. Pour un peu, si vous aviez l’imagination fertile, vous pourriez y entendre le bruit d’un pas. Peut-être aussi une sorte de grattement insistant, quelque chose de vaguement métallique, comme si on faisait glisser un objet contre le mur. Une respiration ? Non, tout de même pas. Là, vous rêvez.

Les bruits sont très forts, maintenant. Comme si la porte s’était ouverte. Non, elle est fermée, vous le savez. En êtes-vous certain ? L’avez-vous vue fermée ? Non, mais vous n’avez pas envie de vérifier. Car vous avez peur de ce que vous apercevriez. Vous préférez éviter de vous retourner, pour gagner encore quelques secondes d’incertitude. De nouveau, vous songez que devriez être ailleurs. Vous comprenez que rester là en ignorant la fatigue et vos peurs n’était peut-être pas la bonne solution.

Et moi, je suis là pour vous montrer que vous auriez dû en tenir compte.

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